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Édito à Spiky https://edito-spiky.com Sale gauchisss Montréalo-fatigant :-) Sun, 03 Jun 2018 23:22:35 +0000 fr-CA hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.0.9 https://edito-spiky.com/wp-content/uploads/2017/05/cropped-SP-avatar-32x32.jpg Édito à Spiky https://edito-spiky.com 32 32 130092030 Le G7: provoquer la répression https://edito-spiky.com/2018/06/le-g7-provoquer-la-repression/ https://edito-spiky.com/2018/06/le-g7-provoquer-la-repression/#respond Sun, 03 Jun 2018 23:22:35 +0000 https://edito-spiky.com/?p=377 Les 8 et 9 juin prochain, une rencontre du G7 aura lieu dans Charlevoix. Le G7, qui a été le G8 (avec la Russie) de 1997 à 2014, est un sommet des chefs d’état de sept pays occidentaux. Il reste donc les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, et par générosité pure, le Canada. L’Union Européenne est aussi représentée, mais ne compte pas dans le chiffre du G. Ce sommet sert officiellement à permettre aux chefs d’état de se rencontrer et de s’entendre sur des bases communes de politiques de plusieurs types. Dans les faits, tout le travail de fond est fait à l’avance par différents ambassadeurs et fonctionnaires, et les sommets servent d’événements de relations publiques. On prend des photos, on a l’air sérieux, on signe des papiers. Il reste normalement peu ou pas d’enjeux à régler réellement. En tout cas, s’ils décident du sort de

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Les 8 et 9 juin prochain, une rencontre du G7 aura lieu dans Charlevoix. Le G7, qui a été le G8 (avec la Russie) de 1997 à 2014, est un sommet des chefs d’état de sept pays occidentaux. Il reste donc les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, et par générosité pure, le Canada. L’Union Européenne est aussi représentée, mais ne compte pas dans le chiffre du G. Ce sommet sert officiellement à permettre aux chefs d’état de se rencontrer et de s’entendre sur des bases communes de politiques de plusieurs types.

Dans les faits, tout le travail de fond est fait à l’avance par différents ambassadeurs et fonctionnaires, et les sommets servent d’événements de relations publiques. On prend des photos, on a l’air sérieux, on signe des papiers. Il reste normalement peu ou pas d’enjeux à régler réellement. En tout cas, s’ils décident du sort de la planète en deux jours de meeting, je suis découragé.

L’hôte du sommet change à chaque année, entre les pays participants. Cette année, c’est au tour du Canada de se saigner le portefeuille pour servir de décor au photoshoot. 2000 militaires, 8000 policiers et un arsenal de guerre seront déployés dans la région, pour affronter le pas-de-menace. La facture aux contribuables sera au minimum dans les 600 millions; comme point de repère, on peut penser au milliard dépensé pour le G20 de Toronto en 2010.

Juste de même, si c’était vraiment pour régler des problèmes qu’ils voulaient se voir, j’aurais volontiers financé un meeting Skype ou Webex, à la place. Environ un milliard moins cher. Pour la photo de famille, un Photoshop ferait la job.

Ou, tant qu’à y mettre un budget dans les centaines de millions, faites-vous une fin de semaine sur un deck de porte-avion dans le milieu de l’Atlantique. Avec un peu de sangria, et hop, #labellevie.

Ou, tant qu’à y mettre un budget dans les centaines de millions, faites-vous une fin de semaine sur un deck de porte-avion dans le milieu de l’Atlantique. Avec un peu de sangria, et hop, #labellevie.

Pif paf pouf

Mais ils ne feront pas ça. Dans la mise en scène du spectacle, ils ont besoin d’un peu de grabuge. Ça prend une démonstration de force et de pouvoir (arrrr!). C’est difficile à justifier, 10 000 uniformes, s’ils passent leur fin de semaine à jouer à Angry Birds sur leurs téléphones. Et ça a l’air de gaspillage, genre les douze cols bleus qui checkent le gars avec la pelle. Alors le bordel, on le fabrique.

Ça s’était vu à Montebello, à Toronto et à plus petite échelle à Montréal aussi: des agents infiltrés dans les manifestants, qui provoquaient le trouble, pour justifier la charge de la cavalerie (au figuré, mais un peu au propre aussi).

On prévoit un endroit où les protestants pourront manifester (ici nommé la « zone blanche »). On attend que ça chauffe un peu, et puis un moment donné, pour une raison arbitraire, on déclare que la manifestation est illégale et on ordonne à la foule de se disperser. Mais oups. Il n’y a pas de sortie. Pas de délai. Et l’escouade tactique se varge le bouclier avec sa matraque et avance vers la foule. Le but est de faire mal-mais-pas-trop, et que ça enlève le goût aux téléspectateurs de se déplacer la prochaine fois. Eh, why not, ça marche!

C’est pas pour contrer une menace (une armée contre… rien?), c’est pour décourager plus de monde de venir manifester. Pas juste de ne pas se pointer à cette manif, mais aussi refuser tout progrès social à cause de la peur de la violence de l’État. Le show est bien rodé.

Il faut aussi faire comprendre à un niveau plus élevé que le pouvoir est hors de portée du peuple et que de s’opposer aux politiques néolibérales, c’est s’opposer à un appareil de violence démesuré. Mais n’oubliez pas d’aller voter, là, hein, #démocratie.

Le but est de faire mal-mais-pas-trop, et que ça enlève le goût aux téléspectateurs de se déplacer la prochaine fois. Eh, why not, ça marche!

Les manifestants

Il reste qui qui est game d’y aller, aux manifs? Les plus crinqués. Ils sont habitués, they know the drill, ils ont du lait pour mettre dans les yeux après le poivre de cayenne, des pads autour du corps pour que les coups fassent moins de dégâts, des masques pour pas se faire harceler chez eux après. C’est clair que pris en souricière, avec une vue très nette du déroulement des événements, ils se sentent trahis et savent que l’histoire ne sera jamais rapportée correctement. La police, c’est les gentils, donc eux c’est les méchants.

Aux nouvelles, on va avoir droit à la bullshit des porte-paroles de la SQ, la GRC et peut-être même de l’armée, mais jamais à la version des manifestants, ni à aucune remise en question des versions officielles. Combien de caméras de grands médias mainstream vont aller directement dans la zone des manifestants? Pas à deux cents mètres, là. Dedans. On gage?

Les prédicateurs de « gros bon sens » de la culture dominante, autant aux nouvelles que dans les shows d’opinions, ont tous intégré la notion que l’économie et le capital sont mondialisés (mais pas les humains); que l’austérité est nécessaire, que les dettes souveraines sont un problème plus important que le sort des gens, que l’économie et la finance sont justes et que de s’y opposer même symboliquement relève de l’utopie de jeunesse, et aller le manifester pacifiquement mène logiquement à se faire tabasser et que c’est bien fait, na.

Prédictions

Comme exemple « frappant » (haha), Jeff Filion, il y a à peine quelques semaines, rêvait de tirer des balles dans la tête des manifestants. Peut-être sera-t-il servi : les outils militaires de contrôle de foule se multiplient et leur gravité n’est pas connue. Les problèmes d’utilisation de ces armes le sont, par contre, mais en dehors du discours somnifère des corps de police, la réalité est qu’ils n’hésiteront pas à s’en servir et se savent imperméables à toute conséquence de leurs gestes. (35 jours de suspension pour 3 tentatives de meutre sur des étudiants non menaçants et non armés, c’est rire du monde.) Ils savent maintenant en plus que les faiseurs d’opinion professionnels vont les supporter en masse, quoiqu’il arrive; ils n’auront qu’à servir l’excuse du « Ils foncent droit sur nous ».

Donc, comme ça escalade à chaque fois, et que récemment, à Montréal, Québec, Victoriaville, il y a eu des blessés graves (oeil, tête, etc.), voici ma triste prédiction: on est rendus à l’étape d’avoir des morts. C’est un concept de base en santé-sécurité: plus il y a de blessés légers, plus il va y avoir de blessés graves au fil du temps; plus il y a de blessés graves, plus il va y avoir de morts.

Et je prédis non seulement ça, mais je prédis aussi que 90% du commentariat grand public va blâmer les victimes. Ou les circonstances. Ou une « erreur ». Mais pas le fait que tout ait été mis en place pour que ça arrive. Les pauvres policiers/militaires n’auront que fait leur devoir « d’auto-défense » face à des jeunes dangereux armés de bandanas et de cellulaires.

Et pendant ce temps, sur l’autre scène du spectacle, tout le monde va se pâmer sur les bas de Justin Trudeau et avaler le manger mou des communiqués officiels.

Bon G7.

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Est-ce que les libéraux quittent le navire par stratégie? https://edito-spiky.com/2018/05/est-ce-que-les-liberaux-quittent-le-navire-par-strategie/ https://edito-spiky.com/2018/05/est-ce-que-les-liberaux-quittent-le-navire-par-strategie/#respond Tue, 15 May 2018 15:28:12 +0000 https://edito-spiky.com/?p=362 Le premier réflexe qui vient en voyant tous les députés, dont plusieurs sont des ministres de longue date, annoncer qu’ils quittent la politique à l’automne, c’est de se dire qu’ils comprennent le concept de sondages et veulent éviter l’humiliation de la tornade annoncée. Mais avec les annonces récentes de Laurent Lessard, David Heurtel, Julie Boulet, on arrive à une certaine limite. Ils se rajoutent à Martin Coiteux, Pierre Reid, Jean-Marc Fournier, Stéphanie Vallée, Jacques Chagnon et quelques autres députés moins connus. Les libéraux ont une « qualité » que les autres partis n’ont pas: une loyauté formidable. Une vague de départs comme ça au PQ ou au Bloc Québécois et on parle d’hémorragie, de fronde, de rébellion. Ici, juste une série de décisions individuelles qui arrivent par hasard. Même quand une ancienne ministre libérale se présente pour un autre parti, après avoir été virée de son poste, on ne se

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Le premier réflexe qui vient en voyant tous les députés, dont plusieurs sont des ministres de longue date, annoncer qu’ils quittent la politique à l’automne, c’est de se dire qu’ils comprennent le concept de sondages et veulent éviter l’humiliation de la tornade annoncée.

Mais avec les annonces récentes de Laurent Lessard, David Heurtel, Julie Boulet, on arrive à une certaine limite. Ils se rajoutent à Martin Coiteux, Pierre Reid, Jean-Marc Fournier, Stéphanie Vallée, Jacques Chagnon et quelques autres députés moins connus.

Les libéraux ont une « qualité » que les autres partis n’ont pas: une loyauté formidable. Une vague de départs comme ça au PQ ou au Bloc Québécois et on parle d’hémorragie, de fronde, de rébellion. Ici, juste une série de décisions individuelles qui arrivent par hasard. Même quand une ancienne ministre libérale se présente pour un autre parti, après avoir été virée de son poste, on ne se bouscule pas dans les salles éditoriales pour attaquer le leadership de Philippe Couillard. Ce doit être elle, le problème, tsé.

Est-ce une stratégie plus globale du parti de se renouveler en prévision d’une campagne de recyclage d’image? Ou, dit autrement: est-ce qu’il y a eu une demande de la part du leadership du parti de réinitialiser son pool de candidats?

On voit souvent les libéraux comme battus, longtemps d’avance. Et ils surprennent toujours au moment de l’élection. Si on apprenait de cette observation, ça arrêterait d’être une surprise; le truc dans lequel ils sont bons, c’est ça : gagner des élections.

C’est comme quand quelqu’un a du talent à l’école pour bien exécuter un examen. À connaissance égale de la matière, il va mieux performer qu’un autre qui est trop nerveux, pas assez confiant et qui n’a pas de bonne stratégie pour gérer le temps de l’examen. À l’école, on s’illusionne un peu que les résultats aux examens donnent une indication fiable de la compréhension des sujets; aux élections, on s’illusionne beaucoup sur le fait que le résultat d’une élection est une indication fiable des volontés profondes de la population.

À l’école, on s’illusionne un peu que les résultats aux examens donnent une indication fiable de la compréhension des sujets; aux élections, on s’illusionne beaucoup sur le fait que le résultat d’une élection est une indication fiable des volontés profondes de la population.

Quels lapins vont-ils nous sortir du chapeau?

L’opposition

Le PQ est facile à mettre en boîte: avec le mot « référendum » et leur double discours qui en ressort. Ceux qui ne veulent pas d’un référendum vont les éviter et ceux qui en veulent un ne leur feront pas confiance. Lisée dit une chose et son contraire dans la même journée et joue un jeu identitaire dangereux.

QS est assez facile à gérer pour l’instant: en les infantilisant et en identifiant une ou deux propositions loufoques de leur programme, les trois autres partis ont le beau jeu de les étiqueter comme un groupe insignifiant. C’est drôle que ce soit important d’être en faveur de chaque élément du programme de QS pour voter pour eux, alors que pour les autres partis, l’idée générale suffit.

La CAQ est l’adversaire plus compliqué à gérer pour les libéraux. C’est difficile d’accuser un autre parti à 90% pareil comme le tien de quoi que ce soit, sans t’auto-pelure-de-bananiser. Dans l’autre direction, ce n’est pas pareil; la CAQ peut dire le mot « corruption », sans nommer personne, et l’argument porte. À programme équivalent, avantage tactique pour la CAQ.

Le comeback à venir

Alors la stratégie est peut-être là. Se débarrasser de l’odeur de corruption en renouvelant une partie de la flotte de larbins serviles, et aller trouver une idée forte et faible à la fois de la CAQ et orienter toutes les discussions et le débat là-dessus. Vite de même, où François Legault a-t-il des petites incohérences faciles à souligner?

La place du Québec dans le Canada? L’identité de la nation québécoise? L’immigration et tous les paramètres d’encadrement loufoques proposés par la CAQ?

À la fin, la population ne votera pas pour personne, mais contre ceux qui ont l’air des pires. Encore. Un p’tit vote stratégique massif anti-quelque chose et hop! c’est reparti pour un tour.

À la fin, la population ne votera pas pour personne, mais contre ceux qui ont l’air des pires. Encore. Un p’tit vote stratégique massif anti-quelque chose et hop! c’est reparti pour un tour.

Je prédis un taux de participation abyssal.

Ça promet pour une belle campagne électorale, ça. J’ai déjà hâte. Que ce soit fini.

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Michelle Wolf au White House Correspondent’s Dinner et l’état de la liberté d’expression et de la presse https://edito-spiky.com/2018/05/michelle-wolf-au-whcd-et-letat-de-la-liberte-dexpression-et-de-presse/ https://edito-spiky.com/2018/05/michelle-wolf-au-whcd-et-letat-de-la-liberte-dexpression-et-de-presse/#respond Fri, 04 May 2018 16:09:26 +0000 https://edito-spiky.com/?p=347 Samedi dernier a eu lieu le traditionnel souper des correspondants de la Maison Blanche. C’est un événement mondain qui rassemble des gens du pouvoir exécutif et du contrepouvoir journalistique dans la même fête bonenfant, et où la distance objective du journalisme de masse disparaît aussi vite que les petites bouchées cocktail. C’est un événement qui a évolué considérablement au fil des administrations et des décennies. Il existe depuis 1921. D’abord à huis-clos, pour hommes et journalistes seulement, l’événement a évolué dans sa forme actuelle, où les politiciens de Washington et les vedettes d’Hollywood côtoient les journalistes. L’événement central de la soirée est un bien cuit sur le Président, fait par un comédien invité. Obama avait aussi joué le jeu et fait des monologues humoristiques remarqués. Dont un qui est suspecté d’avoir provoqué la candidature présidentielle de Trump (à partir de 3:07). Ce monstre orange-là ne tient pas bien les jokes.

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Samedi dernier a eu lieu le traditionnel souper des correspondants de la Maison Blanche. C’est un événement mondain qui rassemble des gens du pouvoir exécutif et du contrepouvoir journalistique dans la même fête bonenfant, et où la distance objective du journalisme de masse disparaît aussi vite que les petites bouchées cocktail.

C’est un événement qui a évolué considérablement au fil des administrations et des décennies. Il existe depuis 1921. D’abord à huis-clos, pour hommes et journalistes seulement, l’événement a évolué dans sa forme actuelle, où les politiciens de Washington et les vedettes d’Hollywood côtoient les journalistes. L’événement central de la soirée est un bien cuit sur le Président, fait par un comédien invité. Obama avait aussi joué le jeu et fait des monologues humoristiques remarqués. Dont un qui est suspecté d’avoir provoqué la candidature présidentielle de Trump (à partir de 3:07). Ce monstre orange-là ne tient pas bien les jokes.

L’événement est maintenant aussi diffusé en direct par C-SPAN, la chaîne parlementaire américaine.

2018

Trump est le premier président à ne pas s’y présenter depuis que Reagan s’était excusé en 1981, suite à une tentative d’assassinat. En 2017, Trump avait simplement boycotté l’événement; cette année il avait délégué sa Secrétaire de Presse, Sarah Huckabee Sanders, pour le représenter.

Si vous n’avez toujours pas vu la chose, le monologue de Michelle Wolf, qui a eu lien en fin de semaine, c’est un vingt minutes bien investi. Ça pourrait passer à l’histoire comme le dernier roast d’un humoriste à cet événement. C’était tellement efficace et au centre de la cible que l’Association des Correspondants (ceux qui tiennent l’événement) a émis un communiqué tout de suite après pour s’excuser à ses membres. Un passage: Last night’s program was meant to offer a unifying message about our common commitment to a vigorous and free press while honoring civility, […] not to divide people. Unfortunately, the entertainer’s monologue was not in the spirit of that mission »Le programme de la soirée d’hier se voulait pensé pour offrir un message unificateur à propos de notre volonté commune pour une presse libre et vigoureuse, dans un esprit civil, pas de division.. Traduction: « y en a pas de problème, les amigos. On se paye un gala avec des gens dangereux qui ont trop de pouvoir, qu’on est supposés surveiller et critiquer. C’est fait pour être cool, on n’aime pas se faire mettre nos contradictions dans la face, c’est même pas drôle, gna gna gna sinon j’joue pu. »

Y en a pas de problème, les amigos. On se paye un gala avec des gens dangereux qui ont trop de pouvoir, qu’on est supposés surveiller et critiquer. C’est fait pour être cool, on n’aime pas se faire mettre nos contradictions dans la face, c’est même pas drôle, gna gna gna sinon j’joue pu.

#TheMediaToo

C’est que ce n’était pas juste les politiciens qui ont été maganés, mais les médias aussi, et c’est la raison de leur frustration d’aujourd’hui. Un passage : I think what no one in this room wants to admit is that Trump has helped all of you. He couldn’t sell steaks or vodka or water or college or ties or Eric – but he has helped you. He’s helped you sell your papers and your books and your TV. You helped create this monster, and now you’re profiting off of him. »Je pense que ce que personne dans cette pièce n’ose admettre, c’est que Trump vous a tous aidés. Il ne pouvait pas vendre de steaks, de vodka, d’eau, d’université, de cravates ou Éric – mais il vous a aidés. Il vous a aidés à vendre vos journaux et vos livres et vos programmes. Vous avez aidé à créer ce monstre, et maintenant vous continuez à faire du profit sur son dos. Traduction: Trump est un problème, et vous nourrissez la bête. Vous faites donc partie du problème.

Mais ça aurait l’air fou d’attaquer ce passage de manière frontale; il faut maintenir les apparences. Alors comment justifier la frustration? En inventant un problème avec un autre morceau du discours. La Secrétaire de Presse du Président, rare membre senior de l’exécutif présente, est visée : She burns facts and then she uses that ash to create a perfect smoky eye. Maybe she’s born with it, maybe it’s lies. It’s probably lies. »Elle brûle des faits et ensuite elle utilise la cendre pour créer une ombre de paupière parfaite. Elle a quelque chose de plus, c’est peut-être des mensonges. C’est sûrement des mensonges.

Les éditorialistes fâchés confondent « sujet d’une blague » et « cible d’une blague ». On voit un paquet de nouveaux experts en féminisme qui n’aiment pas (pour la première fois) qu’on utilise l’apparence d’une femme pour faire une joke. Juste dire: la blague n’était pas sur son look. Elle était sur le fond de sa job, qui est de mentir chacun des mots qu’elle prononce, sans jamais s’étouffer dedans (bravo, quand même). Elle utilisait une référence populaire (le slogan de Maybelline) dans son punchline. La phrase « her perfect smokey eyes » n’est pas particulièrement dégradante non plus; pour un cours de maître en commentaires dégradants, prière de se référer au Président des États-Unis.

Les éditorialistes fâchés confondent « sujet d’une blague » et « cible d’une blague ».

Les gens de droite qui ont longtemps défendu leur droit à la liberté d’expression de dire des choses racistes, sexistes ou homophobes continuent à avoir de la misère avec leur image dans un miroir. Le « politically correctness » qui n’est pas correct en général était requis ici? On engage une comédienne satirique connue, pour faire un bien cuit sur les politiciens et les journalistes de Washington, et tout le monde est fâché qu’elle ait fait une super bonne job? Les humoristes politiques ne sont pas tous aussi complaisants qu’Infoman, et c’est tant mieux.

La proximité du journalisme et du pouvoir

Cette proximité malsaine entre les journalistes et politiciens mène naturellement à de l’auto-censure et de la retenue. Un chum c’t’un chum. Et ça, c’est une bien plus grosse attaque à la presse libre qu’une humoriste qui blaste tout ce monde-là. Les médias de masse entretiennent le mythe du journalisme objectif depuis tellement longtemps qu’on est rendus surpris quand quelqu’un pointe la vérité sans filtre. Le punch-out, Flint still has no clean water »Flint n’a toujours pas d’eau potable, envoyé après avoir remercié la foule, était formidable et génial : dans la salle, l’effet d’une douche froide; comme spectateur, le fuck you politique le plus jouissif depuis longtemps. Envoyé dans un canon du XIXe siècle, avec un gros BOUM, des doigts d’honneur et une pluie de confettis.

Pendant ce temps, dix journalistes afgans ont été assassinés. Ça c’est une vraie attaque à la presse.

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Le vote stratégique, à six mois des élections https://edito-spiky.com/2018/04/le-vote-strategique-a-six-mois-des-elections/ https://edito-spiky.com/2018/04/le-vote-strategique-a-six-mois-des-elections/#respond Fri, 27 Apr 2018 19:17:54 +0000 https://edito-spiky.com/?p=336 La beauté des élections à dates fixes, c’est que la campagne électorale se mozzarellise et s’étire à l’infini, sans jamais rajouter de substance. Miam. On est à six mois des élections, mais il ne se passe pas une semaine sans attaque partisane, sans annonce ou coup de pub d’un parti ou l’autre. Les sondages s’intensifient aussi. QS est à la hausse, le PQ à la baisse et la météo va dans tous les sens. La course pour le pouvoir va donc être entre les libéraux et la CAQ jusqu’à nouvel ordre. L’un comme l’autre a des chances de gagner, en mode majoritaire ou minoritaire. Premièrement, tout ça est déprimant. Les libéraux, on sait c’est quoi. C’est l’austérité, les partenariats public-privé, les privilèges aux amis, le démantèlement social. Ça pue. Une proportion très majoritaire de la population ne veut spécifiquement pas ça. (Très majoritaire, c’est un chiffre assez gros pour que

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La beauté des élections à dates fixes, c’est que la campagne électorale se mozzarellise et s’étire à l’infini, sans jamais rajouter de substance. Miam.

On est à six mois des élections, mais il ne se passe pas une semaine sans attaque partisane, sans annonce ou coup de pub d’un parti ou l’autre. Les sondages s’intensifient aussi. QS est à la hausse, le PQ à la baisse et la météo va dans tous les sens. La course pour le pouvoir va donc être entre les libéraux et la CAQ jusqu’à nouvel ordre. L’un comme l’autre a des chances de gagner, en mode majoritaire ou minoritaire.

Premièrement, tout ça est déprimant. Les libéraux, on sait c’est quoi. C’est l’austérité, les partenariats public-privé, les privilèges aux amis, le démantèlement social. Ça pue. Une proportion très majoritaire de la population ne veut spécifiquement pas ça. (Très majoritaire, c’est un chiffre assez gros pour que même Stéphane Dion soit d’accord que c’est la majorité.) Rappel : 70% des électeurs inscrits n’avaient pas voté pour les libéraux en 2014.

Le danger, c’est que l’écoeurantite aigüe va faire cristalliser le vote d’opposition sur qui-que-ce-soit qui donne l’impression de pouvoir les battre. Peu importe ce qu’ils vont dire ou faire, la CAQ ont une grosse qualité: ils ne sont pas les libéraux. Les autres partis aussi peuvent le dire, mais ils ne dominent pas les sondages. C’est le moment de crier « alerte, alerte ».

L’idéologie CAQ

La CAQ a comme idéologie principale de détruire l’État, de déplacer ses fonctions dans la sphère privée, en santé, en éducation, dans les garderies, en infrastructures… Alerte, alerte. Construire, ça prend un ordre de grandeur plus de temps que détruire. Tout ce que les libéraux ont de détestable, la CAQ l’a en pire. Sauf sur le bout « corrompus », donnez-leur une chance, ils n’ont pas eu l’occasion de se remplir les poches. Pas encore.

Bref, une CAQ au pouvoir, c’est une catastrophe pire que de garder les libéraux. Les actuels ministres de la Santé (Barrette) et de l’Éducation et la Famille (Proulx) sont des transfuges de la CAQ : imaginez un gouvernement complet. Vous trouvez que Martin Coiteux est un néolibéral dégueulasse? True story. Mais laissez-moi vous présenter Youri Chassin, qui ne croit pas au concept de « bien commun ». Vous êtes sûrs que c’est un bon trade?

Vous trouvez que Martin Coiteux est un néolibéral dégueulasse? True story. Mais laissez-moi vous présenter Youri Chassin, qui ne croit pas au concept de « bien commun ». Vous êtes sûrs que c’est un bon trade?

Ben là, quand même pas encore les libéraux?

Je ne vais quand même pas vous encourager à voter libéral. Y a toujours ben des limites. Mais je vous encourage à ne pas voter CAQ. Exception accordée pour les citoyens dans la circonscription de Barrette; lui, c’est ok, faut juste qu’il sorte de l’Assemblée nationale, c’est un danger public. J’aurais même peur qu’il reste ministre de la Santé dans un gouvernement caquiste.

Ce qui est encourageant, avec les tendances de sondages, c’est que ça fait fuir les libéraux avant même les élections. Jean-Marc Fournier et Martin Coiteux ne quitteraient probablement pas le navire s’ils se savaient reconduits facilement au gouvernement. Peut-être que la bonne stratégie est de dire aux sondeurs que vous allez voter CAQ et ne pas le faire? Win-win.

Peut-être que la bonne stratégie est de dire aux sondeurs que vous allez voter CAQ et ne pas le faire? Win-win.

Je disais que c’est déprimant. Quoi espérer d’une élection où toutes les avenues possibles sont négatives? Voici une petite liste des prix de consolation que j’espère voir arriver dans cette élection.

  1. Un gouvernement minoritaire. Points bonus si QS a la balance du pouvoir.
  2. Jean-François Lisée perd Rosemont contre Vincent Marrissal.
  3. Gaétan Barrette perd tout court.
  4. QS gagne dans Pointe-Aux-Trembles (l’ironie serait quand même solide, hein, Jean-Martin Aussant?).
  5. QS gagne dans Taschereau (Catherine Dorion à l’Assemblée nationale = oui).

Sinon, Radio-Canada prévoit que si la tendance se maintient, la seule manière de passer une belle « soirée des élections » sera d’en faire une soirée de type « Super Bowl » avec des chums, des ribs, des ailes de poulet et une analyse en profondeur des publicités intégrées dans le show.

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La solution au CH https://edito-spiky.com/2018/04/la-solution-au-ch/ https://edito-spiky.com/2018/04/la-solution-au-ch/#respond Tue, 17 Apr 2018 19:30:53 +0000 https://edito-spiky.com/?p=319 Le Canadien a terminé (de manière prévisible) sa saison: dans la cave. En fait… c’est tu fini? Me semble qu’on est rendus à ce temps-là de l’année? Je dois dire que j’ai vu moins de 10 minutes cumulées de hockey cette année. Quand j’ai compris que le problème de l’équipe était un problème de culture organisationnelle (donc un problème de boss, pas un problème de joueurs), j’ai jeté l’éponge. Le signal d’alarme a été le départ de Subban, mais il n’a servi qu’à aider à ouvrir les yeux. Le problème existait avant. Il n’est pas en voie de se régler. Pour être clair: le problème n’est même pas au niveau Bergevin. Je m’attends à ce qu’on apprenne son départ prochainement; ça ne changera rien. Le problème est plus haut. Pour être clair: le problème n’est même pas au niveau Bergevin. Je m’attends à ce qu’on apprenne son départ prochainement; ça

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Le Canadien a terminé (de manière prévisible) sa saison: dans la cave. En fait… c’est tu fini? Me semble qu’on est rendus à ce temps-là de l’année? Je dois dire que j’ai vu moins de 10 minutes cumulées de hockey cette année. Quand j’ai compris que le problème de l’équipe était un problème de culture organisationnelle (donc un problème de boss, pas un problème de joueurs), j’ai jeté l’éponge. Le signal d’alarme a été le départ de Subban, mais il n’a servi qu’à aider à ouvrir les yeux. Le problème existait avant. Il n’est pas en voie de se régler.

Pour être clair: le problème n’est même pas au niveau Bergevin. Je m’attends à ce qu’on apprenne son départ prochainement; ça ne changera rien. Le problème est plus haut.

Pour être clair: le problème n’est même pas au niveau Bergevin. Je m’attends à ce qu’on apprenne son départ prochainement; ça ne changera rien. Le problème est plus haut.

Donc.

Cher Geoff Molson,

Vends-nous l’équipe. Garde le Centre Truc, Evenko, pis les condos. Ça on s’en crisse. Mais vends l’équipe à la communauté. Packers-de-Green-Bay-style. Une méga-coop. Une part, un vote. Pas de gros actionnaire. Juste quelques centaines de miliers de fans (et ex-fans réchappables comme moi).

Cette équipe-là, jusqu’à récemment, possédait un noyau d’experts et d’enthousiastes dans les millions de personnes. Des gens qui n’ont rien à foutre des profits ou des mauvais gestionnaires d’égos (a.k.a. « coachs »). Du monde qui ont juste une priorité: que leur équipe gagne, ou qu’elle pleure d’avoir presque gagné.  Et qui ont tendance à savoir, collectivement, quoi faire.

L’exemple de Green Bay est incroyable. Depuis 1923, longtemps avant l’arrivée de la NFL, l’équipe des Packers est une coop, et appartient aujourd’hui à ses 365 000 membres. Green Bay est une ville de 104 000 habitants, son stade de football de 80 000 places est rempli à capacité depuis toujours et pour toujours. C’est pas une métaphore: il y a 80 000 autres personnes dans la liste d’attente pour avoir des billets de saison, dont l’attente est estimée à 100 ans. Relisez les chiffres lentement, c’est juste fou raide.

C’est pas une métaphore: il y a 80 000 autres personnes dans la liste d’attente pour avoir des billets de saison, dont l’attente est estimée à 100 ans.

J’ai personnellement voyagé à Green Bay pour des raisons professionnelles et si vous pensez que « Montréal est hockey », c’est juste rien a côté de « Green Bay est football ». Le lendemain d’une élimination en séries des Canadiens, une année où les attentes étaient légitimement hautes, vous allez croiser quelques personnes visiblement déçues de la défaite. Là-bas, le lendemain d’une défaite en saison régulière, les gens sont tous déprimés, le taux d’absentéisme est dans le tapis et il n’y a pas d’autre sujet de conversation.

À se demander pourquoi le modèle n’est pas plus populaire. Ah ouais, le capitalisme, pis toute pis toute. Là où la priorité, c’est le pouvoir et les profits, pas la réussite du projet.

Le modèle « coop » pourrait… devrait remplacer le modèle de compagnies par actions classique. Partout là où le résultat et l’ancrage dans la communauté sont plus importants que les profits.

Mais en attendant l’avènement d’un monde de licornes et de calinours avec des marmites d’or au bout des arc-en-ciels, commençons par ce qui est faisable et urgent.

Monsieur Molson, vendez-nous notre Club de Hockey Canadien.

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Le « manuel du dictateur » et Donald Trump https://edito-spiky.com/2018/04/le-manuel-du-dictateur-et-donald-trump/ https://edito-spiky.com/2018/04/le-manuel-du-dictateur-et-donald-trump/#comments Mon, 16 Apr 2018 15:18:32 +0000 https://edito-spiky.com/?p=315 J’ai récemment terminé la lecture d’un livre qui devrait être dans le cursus obligatoire de tout intéressé à la politique : « The Dictator’s Handbook », le manuel du dictateur. Les auteurs, Bruce Bueno de Mesquita et Alastair Smith, résument en langage accessible la « théorie du sélectorat », qu’ils ont développée avec d’autres chercheurs universitaires dans les quelques dernières décennies. Cette théorie est simple, et déséspérément revérifiée dans toutes les cultures, de tous les temps, dans tous les contextes où existe du pouvoir. En premier lieu dans un contexte de gouvernement, mais aussi dans des contextes d’entreprises. Dans les mots de la théorie, le monde se divise en trois groupes: les interchangeables, les influentiels et les essentiels. Le premier groupe consiste en tous les gens qui sont identifiés comme pouvant nommer le leader: les citoyens adultes en démocratie, les actionnaires dans un contexte de compagnie par actions. Au Québec,

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J’ai récemment terminé la lecture d’un livre qui devrait être dans le cursus obligatoire de tout intéressé à la politique : « The Dictator’s Handbook », le manuel du dictateur. Les auteurs, Bruce Bueno de Mesquita et Alastair Smith, résument en langage accessible la « théorie du sélectorat », qu’ils ont développée avec d’autres chercheurs universitaires dans les quelques dernières décennies.

Cette théorie est simple, et déséspérément revérifiée dans toutes les cultures, de tous les temps, dans tous les contextes où existe du pouvoir. En premier lieu dans un contexte de gouvernement, mais aussi dans des contextes d’entreprises.

Dans les mots de la théorie, le monde se divise en trois groupes: les interchangeables, les influentiels et les essentiels. Le premier groupe consiste en tous les gens qui sont identifiés comme pouvant nommer le leader: les citoyens adultes en démocratie, les actionnaires dans un contexte de compagnie par actions. Au Québec, il y a environ 6 millions d’inscrits sur la liste électorale.

Le deuxième groupe, les influentiels, sont ceux qui ont réellement choisi celui qui est devenu le chef. Au Québec, ça serait tous les gens qui ont voté pour un candidat du parti Libéral, soit 1,75 millions de personnes en 2014.

Le dernier groupe, les essentiels, est un calcul mathématique qui extrait le nombre minimum de gens qui ont eu besoin de choisir le chef, parmi les influentiels, pour sécuriser le poste du leader. C’est simple, un coup qu’on l’explique longtemps.

En restant au Québec, il y a 125 circonscriptions. Dès qu’un parti a obtenu 63 sièges, il a la majorité. Pour le compte des essentiels, on va donc garder 63 des 70 circonscriptions libérales dans le calcul.

Pour chacune de ces circonscriptions, le candidat gagnant a obtenu le plus grand nombre de voix exprimées. Parfois avec une grosse avance sur le deuxième (D’Arcy-McGee : PLQ 27 000, CAQ 716); parfois moins (Maskinongé: PLQ 13 700 vs CAQ 9 800). Dans le compte des essentiels, on garde le score du deuxième candidat plus un, soit la limite mathématique qui a été nécessaire pour sécuriser le comté. Tous les autres votes sont évidemment utiles, mais dépassent du cadre des « essentiels ».

Bref, le décompte des essentiels est une abstraction qui ne compte que les voix minimales exprimées sans lesquelles il y aurait un autre calife à la place du calife. Les libéraux ont 475 000 de ces votes pour l’élection de 2014, soit un peu moins de 8% de la population.

Bref, le décompte des essentiels est une abstraction qui ne compte que les voix minimales exprimées sans lesquelles il y aurait un autre calife à la place du calife. Les libéraux ont 475 000 de ces votes pour l’élection de 2014, soit un peu moins de 8% de la population.

Si l’on compare à un contexte de grande entreprise cotée en bourse, comme une action égale un vote, certains actionnaires institutionnels, familiaux ou autrement majeurs contrôlent en petit groupe un nombre immense d’actions et peuvent pratiquement décider à eux seuls de l’issue d’un vote sur le choix des dirigeants. Dans ce cas, le nombre d’essentiels sera très petit, souvent dans l’ordre de grandeur de 100 personnes ou moins, ce qui est un point commun avec les dictatures.

Les influentiels et essentiels, ensemble, forment la « coalition gagnante ». Le jeu, pour le leader, est de garder la coalition gagnante contente, avec un focus particulier sur les essentiels. Selon la taille de cette coalition gagnante, des stratégies différentes seront adoptées; avec un nombre très petit, il est possible de carrément acheter la loyauté des individus; avec un nombre élevé, il faut mettre en place des politiques qui plaisent au groupe. P.S.: aux électeurs de D’Arcy-McGee, vous ne vous aidez pas en votant à l’unanimité pour un parti; ça fait de vous un groupe négligeable.

En résumé, plus la proportion d’influentiels et d’essentiels est importante dans une population, plus on tend vers la démocratie classique; l’opposé nous fait tendre vers l’autocratie. Les deux termes servent d’ancrage conceptuel, mais chaque entité est quelque part sur le continuum entre les deux.

En résumé, plus la proportion d’influentiels et d’essentiels est importante dans une population, plus on tend vers la démocratie classique; l’opposé nous fait tendre vers l’autocratie. Les deux termes servent d’ancrage conceptuel, mais chaque entité est quelque part sur le continuum entre les deux.

Trump était un dictateur

Ce qui nous amène à l’étude de cas du moment: what the fuck, Trump? En tant qu’homme d’affaire, Trump a toute sa vie été entouré d’un très petit nombre d’essentiels, extrêmement loyaux, pour son bénéfice mais pour leurs bénéfices personnels aussi. La « clique » était très bien traitée, et était loyale en retour. Trump n’a jamais eu à diriger quoique ce soit en étant entouré de gens qui avaient leur propre agenda, leur propre vision, leur libre arbitre, finalement. Il n’a jamais été secondé par des gens qui remettaient en doute sa volonté.

Méchante débarque.

Depuis le moment où sa candidature à la primaire républicaine a commencé à être prise au sérieux, jusqu’à aujourd’hui, je me suis constamment demandé s’il était très brillant et machiavélique, ou purement idiot et manipulé de bout en bout. Je pense que dans la loupe de la théorie du sélectorat, la réponse est quelque part entre les deux; il n’a surtout pas compris la différence entre l’imputabilité d’un chef d’état démocratique et la liberté d’être un trou de cul autocratique à la tête de son petit empire privé.

La bonne nouvelle, c’est que les leaders qui ne respectent pas les règles du jeu ne durent pas. L’ère Trump achève (probablement).

La mauvaise nouvelle, c’est que le Vice-Président est Mike Pence.

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Médiocre, moyen, milieu, ordinaire https://edito-spiky.com/2017/10/mediocre-moyen-milieu-ordinaire/ https://edito-spiky.com/2017/10/mediocre-moyen-milieu-ordinaire/#comments Tue, 24 Oct 2017 13:33:51 +0000 https://edito-spiky.com/?p=308 Des fois, dans la vie, il y a des moments magiques où tu comprends d’un coup quelque chose et tu deviens instantanément gêné de ne pas l’avoir compris depuis longtemps. Par exemple : les cornichons, c’est fait avec des concombres. En lisant l’excellent livre Médiocratie d’Alain Denault, j’ai réalisé avec une nouvelle lumière qu’on était dirigés par des cornichons. Tadaam! Avec le temps, le sens des mots évolue. Quand j’étais jeune, on disait de quelque chose qu’il était « écoeurant » si ça nous levait le coeur. Ce sens existe encore, mais il est beaucoup moins utilisé que pour dire de quelque chose qu’il est positivement extraordinaire. Aujourd’hui, « médiocre » signifie uniquement « nul à chier ». Mais la racine « medio » est la même que pour « milieu », « moyen ». Ordinaire. D’ailleurs, le mot « ordinaire » est de plus en plus utilisé dans le sens de « médiocre ». C’est drôle, deux synonymes qui avaient divergé avec le temps et qui

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Des fois, dans la vie, il y a des moments magiques où tu comprends d’un coup quelque chose et tu deviens instantanément gêné de ne pas l’avoir compris depuis longtemps. Par exemple : les cornichons, c’est fait avec des concombres. En lisant l’excellent livre Médiocratie d’Alain Denault, j’ai réalisé avec une nouvelle lumière qu’on était dirigés par des cornichons. Tadaam!

Avec le temps, le sens des mots évolue. Quand j’étais jeune, on disait de quelque chose qu’il était « écoeurant » si ça nous levait le coeur. Ce sens existe encore, mais il est beaucoup moins utilisé que pour dire de quelque chose qu’il est positivement extraordinaire.

Aujourd’hui, « médiocre » signifie uniquement « nul à chier ». Mais la racine « medio » est la même que pour « milieu », « moyen ». Ordinaire. D’ailleurs, le mot « ordinaire » est de plus en plus utilisé dans le sens de « médiocre ». C’est drôle, deux synonymes qui avaient divergé avec le temps et qui reconvergent.

C’est donc qu’on comprend intuitivement que ce qui est trop beige, trop « normal », c’est poche. C’est dans ce contexte que le toujours hilarant François Legault clame haut et fort qu’il est « d’extrême centre », immédiatement challengé par Carlos Leitao, qui en rajoute. C’est correct, les boys, je vous donne chacun une médaille de médiocrité, vous l’avez bien méritée.

L’extrême centre, ça se définit comme un point milieu entre l’extrême gauche et l’extrême droite. C’est-à-dire que ça n’a aucune idéologie propre; ça essaye juste de faire la moyenne entre deux idées opposées. Genre : faites la guerre, mais pas trop; éliminez le racisme, mais pas tout à fait; il faut enrayer la culture du viol, mais elle n’existe pas. Ou plus drôle encore : nous sommes nationalistes, mais nous nous opposons à l’indépendance. Eurêka : la CAQ est médiocre. CQFD.

Ou plus drôle encore : nous sommes nationalistes, mais nous nous opposons à l’indépendance. Eurêka : la CAQ est médiocre. CQFD.

C’est quoi, être au centre, dans les grands enjeux sociaux? C’est être féministe, mais juste quand ça ne dérange pas? S’opposer au pétrole, et surtout au pétrole sale, mais pas au point de protéger son territoire? Vouloir rajouter des paliers d’imposition aux plus riches, mais maintenir l’évasion fiscale légale?

Comme le centre, c’est le point milieu entre des pôles qui bougent, eux aussi, on peut prédire la tendance du centre en question en observant les mouvements des extrêmes. Quand des suprémacistes blancs et des xénophobes assumés ne se gênent plus pour s’afficher et défiler dans les rues, nos élites ordinaires disent quoi? « Réduisons l’immigration » -CAQ. « Bloquons l’immigration non francophone » -PQ. « Ouvrons la porte à des médecins et des ingénieurs étrangers pour qu’ils puissent conduire des taxis ici » -PLQ. Ok, la dernière est une #citationrêvée, mais c’est difficile exagérer quand le fond, c’est ça.

Les citations historiques de l’extrême centre, c’est quoi? « I have a dream, but I also agree to go back to sleep »? Ou Orwell, intact : « War is peace. Freedom is slavery. Ignorance is strength. »

Pas que je sois contre la modération, l’ouverture vers les autres points de vue et une éventuelle balance de la Force. Mais prétendre à tendre vers le milieu, pour tout, tout le temps, c’est moyen; il faut aussi savoir ce qu’on veut un tout p’tit peu, de temps en temps. Et ce n’est certainement pas vers un médiocre centre. Prendre le temps pour y arriver : bien sûr. Mais tendre vers un objectif défini au lieu d’une moyenne de n’importe quoi et son contraire : le gros bon sens, non?

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Ne botchez pas le pays du Québec https://edito-spiky.com/2017/10/ne-botchez-pas-le-pays-du-quebec/ https://edito-spiky.com/2017/10/ne-botchez-pas-le-pays-du-quebec/#respond Wed, 11 Oct 2017 17:13:06 +0000 https://edito-spiky.com/?p=302 Chers souverainistes jusqu’au-boutistes, Je crois que nous ne sommes pas des alliés, malheureusement. J’espère un pays du Québec, mais pas à tout prix et sans raison. La motivation derrière la fondation d’un pays est quand même fondamentale, sans jeu de mot. Si votre motivation c’est un repli identitaire anti-immigration, nous ne sommes pas dans la même équipe. Si votre motivation, c’est la haine du Rest of Canada, on n’est pas dans la même équipe. Pis si vous trouvez que c’est une fin en soi, peu importe les paramètres et les raisons, non seulement on n’est pas dans la même équipe, mais vous me faites peur. Le moment de la fondation d’un pays, c’est critique. Le Canada a été « fondé » il y a 150 ans et on ne s’en est pas encore remis. Alors si on est pour faire du Québec un pays, on est aussi bien de le faire comme

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Chers souverainistes jusqu’au-boutistes,

Je crois que nous ne sommes pas des alliés, malheureusement.

J’espère un pays du Québec, mais pas à tout prix et sans raison.

La motivation derrière la fondation d’un pays est quand même fondamentale, sans jeu de mot. Si votre motivation c’est un repli identitaire anti-immigration, nous ne sommes pas dans la même équipe. Si votre motivation, c’est la haine du Rest of Canada, on n’est pas dans la même équipe. Pis si vous trouvez que c’est une fin en soi, peu importe les paramètres et les raisons, non seulement on n’est pas dans la même équipe, mais vous me faites peur.

Le moment de la fondation d’un pays, c’est critique. Le Canada a été « fondé » il y a 150 ans et on ne s’en est pas encore remis. Alors si on est pour faire du Québec un pays, on est aussi bien de le faire comme il faut. On ne peut pas botcher la fondation du Québec en se disant qu’on améliorera ça plus tard, qu’on « verra rendu là ».

Le moment de la fondation d’un pays, c’est critique. Le Canada a été « fondé » il y a 150 ans et on ne s’en est pas encore remis.

Ceux qui portent le projet et les paramètres qu’ils proposent sont super importants.

Le parti Québécois

En partant, désolé, mais le Parti Québécois n’est plus le bon véhicule. Je voudrais d’un Québec indépendant, mais si le projet est porté par le parti de l’identité floue, de l’immigration-mais-pas-trop, de toutes les contradictions et de leur contraire en même temps, c’est non. Je préfère être patient. Ça fait depuis 1840 que notre « autodétermination » est diluée dans celle des Loyalistes, et on a survécu. On peut très bien attendre dix ans de plus.

J’entendais Paul St-Pierre Plamondon à la radio récemment, à « En attendant la soirée ». Titre relatif à « La soirée est encore jeune », et non à La Soirée référendaire (on pourrait attendre longtemps). PSPP, qui semble être de bonne foi, vit quand même malheureusement avec des oeillères. Il s’enthousiasme de l’ouverture des Y au projet d’indépendance et souligne la présence de jeunes à ses rassemblements et au membership du PQ.

Quand tu vis dans cette bulle, tu perds de vue que la grosse majorité de cette génération est quelque part entre l’indifférence et le rejet de ton parti.

Admettant que l’intérêt du PQ soit dans l’éventuelle indépendance et la social-démocratie. Ils le prétendent, je n’y crois plus, mais prenons-les au mot. Quel est le chemin le plus court pour atteindre ces objectifs? Un « osti de bon gouvernement »?

Pour le bout social-démocratie, anciennement un concept de centre-gauche, aujourd’hui un terme fourre-tout qui peut inclure des coupes à l’aide sociale, en CHSLD et dans les CPE, je décroche. Le problème avec le « centre », c’est que ce n’est pas une idéologie, c’est la moyenne de deux idées contraires. Y a aucune chance que ça fasse du sens. Si le but c’est de faire un mini-Canada, juste en plus petit, j’en ai rien à foutre, c’est déjà ça qu’on a. Alors je l’ai déja dit, je vais le dire encore : cher PQ, farme la shop.

Si le but c’est de faire un mini-Canada, juste en plus petit, j’en ai rien à foutre, c’est déjà ça qu’on a.

Option nationale

Drapeau du Quebec

Devant le débat à l’interne de Québec solidaire et Option nationale, en vue de leur fusion, des objections fusent chez les absolutistes d’ON.

COME ON.

C’est mieux de perdre solide que de ne pas garder sa pureté idéologique, hein. ON a des intentions de vote dans la marge d’erreur, et je ne suis pas le seul qui trouve qu’un plan de pays avec-pas-de-plan, c’est n’importe quoi. Mais neu-non, vous voulez bloquer la fusion avec QS, parce que même s’ils veulent l’indépendance, ce n’est pas leur article 1 (de 1).

C’est mieux de perdre solide que de ne pas garder sa pureté idéologique, hein. ON a des intentions de vote dans la marge d’erreur, et je ne suis pas le seul qui trouve qu’un plan de pays avec-pas-de-plan, c’est n’importe quoi.

Vous savez quoi, les comiques? Pendant que vous vous ostinez sur la place publique, les libéraux vont encore gagner leurs prochaines élections. C’est quand, donc, la dernière fois qu’ils se sont entre-déchiré leurs chemises dans les médias? C’est ça. J’suis pas content de ça, vous non plus, fine, on peut tu faire de quoi de constructif maintenant?

Ce pays-là, pour qu’il arrive, il faut plus qu’un référendum, une élection référendaire ou une assemblée constituante. Il faut qu’une majorité ait le goût. Vous allez donner le goût au monde comment, en leur expliquant que vous avez fuck all idée de ça va être quoi le projet? Wow, you got me at hello, j’vais en prendre une caisse.

Dans « projet de pays », il y a « projet »

Encore une fois, le moment constitutif du pays, c’est critique. Ça peut laisser des marques pour des centaines d’années. Parlez-en aux américains, qui ont collectivement disjoncté par rapport aux armes à feu à cause d’une bible laïque écrite en 1776.

Enthousiasmez-moi un peu avec le projet. Dites-moi que c’est pour avoir un contrôle sur nos ressources, notre travail, notre collectivité. Que c’est pour se faire une société distincte, pas un mini-Ontario avec des frontières. Sans prendre les décisions à l’avance, faites-moi un dessin des possibles. Montrez-moi ce qui n’est pas possible, sans ça.

Parce que là, la discussion est à dix mille pieds dans les airs, et pendant que vous vous enfargez dans les détails entre vous, y a personne d’autre qui va être convaincu, pis les Libéraux vont continuer à envoyer notre province dans les vidanges.

Crédit photo: 0x010COwn work, CC BY-SA 4.0, Lien

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L’OIQ protège qui? https://edito-spiky.com/2017/10/loiq-protege-qui/ https://edito-spiky.com/2017/10/loiq-protege-qui/#respond Thu, 05 Oct 2017 19:16:00 +0000 https://edito-spiky.com/?p=297 L’Ordre des Ingénieurs du Québec est une organisation qui regroupe tous les ingénieurs du Québec ayant le droit de porter le titre, sauf pour les ingénieurs forestiers qui ont leur propre association. C’est un Ordre professionnel, donc légiféré au niveau provincial, et vise officiellement la protection du public. Quiconque n’est pas inscrit au tableau de l’OIQ ne peut se prétendre ingénieur, et plusieurs actes professionnels sont réservés aux ingénieurs, comme signer des plans et devis. C’est comparable au Barreau pour les avocats, au Collège des médecins ou à l’Ordre des dentistes, par exemple. Jusque là, peu d’opinion posible. Mais la volonté annoncée de protéger le public via des associations de professionnels qui auto-gèrent leur profession, c’est pas toujours la volonté principale. Pour l’OIQ, c’est surtout de réprimer ceux qui ne sont pas membres mais laissent croire qu’ils le sont, et de limiter la force des tapes sur les doigts des

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L’Ordre des Ingénieurs du Québec est une organisation qui regroupe tous les ingénieurs du Québec ayant le droit de porter le titre, sauf pour les ingénieurs forestiers qui ont leur propre association. C’est un Ordre professionnel, donc légiféré au niveau provincial, et vise officiellement la protection du public. Quiconque n’est pas inscrit au tableau de l’OIQ ne peut se prétendre ingénieur, et plusieurs actes professionnels sont réservés aux ingénieurs, comme signer des plans et devis. C’est comparable au Barreau pour les avocats, au Collège des médecins ou à l’Ordre des dentistes, par exemple.

Jusque là, peu d’opinion posible. Mais la volonté annoncée de protéger le public via des associations de professionnels qui auto-gèrent leur profession, c’est pas toujours la volonté principale. Pour l’OIQ, c’est surtout de réprimer ceux qui ne sont pas membres mais laissent croire qu’ils le sont, et de limiter la force des tapes sur les doigts des membres qui font des fautes. Du genre, si un pont en construction s’écroule de par ton laxisme, plutôt que de te donner un procès pour négligence criminelle, à toi et ton employeur, on va plutôt te retirer ton permis d’exercice pour quatre mois. On peut comparer ça à avoir cinq minutes de pénalité à des joueurs de hockey qui viennent de se varger dessus devant des millions de témoins. C’est une réalité judiciaire parallèle.

Autrement dit, l’objectif d’un Ordre professionnel est de protéger les membres de toute intrusion, autant via de la compétition non souhaitée que dans le traitement de la justice. On espère que le public s’en sort protégé.

Le public

Mais est-ce que la protection du public est réellement assurée par ces mécanismes d’autogestion? En interdisant à n’importe quel charlatan de faire des chirurgies dans son sous-sol, oui. En prenant le parti d’un employeur négligent au détriment du public, non.

Ce cas est éloquent. Jean-Claude Gilbert, ingénieur, dirigeait l’inspection du pont Champlain. Il y découvre des joints de dilatation abîmés. Il est insatisfait du traitement que son employeur et son client font de l’information. Il transmet donc un vidéo du problème à Radio-Canada.

Pour. Protéger. Le. Public.

Mais non, la loyauté à l’employeur doit prédominer sur l’intérêt et la sécurité du public, ça a l’air. À quoi ça sert, un code de déontologie, si tu peux t’en servir pour arriver à dire des conneries de même? Que l’employeur soit fâché, fine, je comprends. Mais si le syndic, dont la mission est de punir les fautifs en déontologie, prend le bord de l’employeur, là, je crie. Ils auraient dû le soutenir, et très publiquement et vocalement. Et blâmer l’employeur, ou le client, ou les deux d’avoir caché de l’information importante au public, ou d’avoir été négligents dans leur traitement du problème, selon le cas.

Mais non, la loyauté à l’employeur doit prédominer sur l’intérêt et la sécurité du public, ça a l’air. À quoi ça sert, un code de déontologie, si tu peux t’en servir pour arriver à dire des conneries de même?

CEIC, je me souviens

C’est aussi ce même OIQ qui n’a rien fait pour empêcher toutes les magouilles qui ont mené à la Commission Charbonneau. C’est qui le cave qui croit à la phrase « on le savait pas »? Ben, oui, toué. Les dirigeants de l’OIQ sont les seuls ingénieurs assez dans une bulle pour ne jamais en avoir entendu parler. Autorégulation des membres, vous dites?

En passant, chère Commission d’Enquête sur l’Industrie de la Construction : comment vous avez pu être sur le dossier pendant aussi longtemps sans jamais comprendre la logique derrière les magouilles? Les pots-de-vin, ce n’était pas pour acheter des contrats. Ou peut-être, mais rarement. C’était surtout pour faire partie de ceux qui peuvent soumissionner. Donner une enveloppe brune, ce n’était pas suffisant pour avoir un contrat. De ne pas en donner était suffisant pour être disqualifié, par exemple. Vous avez bloqué votre enquête sur le financement des partis aux pare-feu politiques, sans jamais comprendre que c’était justement leur rôle, à ces gentils personnages. Ah, ou sinon vous avez compris, mais c’était problématique pour des nominations politiques intéressantes, hein, Denis? Hein, Sonia? Si vous aviez voulu me rendre plus cynique encore, vous n’auriez pas pu faire mieux.

Donner une enveloppe brune, ce n’était pas suffisant pour avoir un contrat. De ne pas en donner était suffisant pour être disqualifié, par exemple.

Tout ça pour dire que si l’OIQ avait compris la base de l’éthique et du rôle de l’ingénieur en société, on n’aurait pas eu besoin de cette commission d’enquête, à la base. Ou elle aurait eu lieu, mais il y a longtemps, et à la demande de l’Ordre. Vous êtes où, gang, quand tous les départements d’ingénierie publics des villes et du gouvernement ferment progressivement au profit du privé? Quand c’est les mêmes firmes qui, à tour de rôle, disent aux gestionnaires de l’argent public ce qu’il faut faire, comment il faut le faire, combien ça coûte, qu’ils exécutent et ensuite surveillent la job? Et qui callent les extras, aussi. Gratte mon dos, je vais gratter le tien (ou encore : un chum c’t’un chum).

La tutelle

L’OIQ vit un creux de vague depuis longtemps. C’est même devenu suffisamment pathétique pour que le gouvernement décide de les mettre en tutelle en 2016.

L’argument était que l’OIQ valorisait davantage la protection de ses membres que la protection du public, en refusant à tout coup une augmentation significative de la cotisation annuelle, dans les 310$, à l’époque. Avec plus de 61 000 membres, ça faisait quand même un budget d’environ 19 millions de dollars. Le gouvernement trouvait que l’Ordre était laxiste sur la « défense du public », aka le bureau du syndic. Pourtant, depuis 2009, le bureau du syndic avait vu son budget tripler et son personnel doubler, mais si on est honnête, c’est probablement davantage les chicanes en Assemblées Générales qui ont motivé le gouvernement à prendre le plancher. Retirer du pouvoir démocratique au profit d’une gestion comptable axée sur le paraître, c’est quand même leur spécialité, aux Libéraux.

J’attends encore le mémo qui explique ce que ça a réglé.

Entre les actes réservés et le prestige

Accessoirement, pendant que la cotisation augmente, le membership stagne puisque pour la majorité des ingénieurs, le titre n’en est un que de prestige. La quasi-totalité des ingénieurs informatiques, logiciels et la majorité des ingénieurs électriques, mécaniques (et plusieurs autres) ne font jamais d’actes réservés. C’est-à-dire qu’ils peuvent exécuter 100% de leur travail sans porter le titre. Plusieurs ingénieurs, devenus gestionnaires, gardent le titre pour son prestige, mais sont prêts à l’abandonner si ça leur coûte trop cher. Ou si le prestige est plutôt rendu une gêne. (Tu fais quoi dans la vie? Ah, euh, tu sais… hum hum… et toi?) Plusieurs gradués d’écoles d’ingénierie ne font même plus les étapes nécessaires pour obtenir le titre.

Face à ce phénomène, encore une fois, l’OIQ souhaite le retour en force d’une époque dorée qui n’a jamais vraiment existé et plaide pour modifier la Loi sur les ingénieurs pour y protéger davantage d’actes et les réserver aux porteurs du titre. Comment mieux motiver les gradués en génie info à faire partie de la grande famille que de les menacer qu’ils ne puissent plus faire leur job sans embarquer? Et quelle belle vision pour le Québec. Société distincte en maudit : la seule place sur la Terre où faire un code review demanderait un titre professionnel. P’tite nouvelle : c’est pas en fermant la porte à des milliers de travailleurs compétents que vous allez protéger le public. Arrêtez d’essayer de vous protéger vous-autres, et recommencez à penser à des choses plus fondamentales.

Comme : à qui vous êtes redevables? Non, pour vrai, là.

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Hillary, dégage https://edito-spiky.com/2017/10/hillary-degage/ https://edito-spiky.com/2017/10/hillary-degage/#comments Mon, 02 Oct 2017 19:11:10 +0000 https://edito-spiky.com/?p=294 Chère Hillary Clinton, Please, dégage, go to your retraite and shut up. Le monde ne tourne pas autour de ton nombril. J’aurais voulu être de ton bord, mais là, tu ralentis le processus. Tu fais maintenant partie du passé, plus de l’avenir. Tu as réussi l’exploit de perdre les élections américaines contre le candidat le plus détesté de l’histoire, et malgré ta phrase « j’en prends l’entière responsabilité », tu viens de sortir une brique de 500 pages pour blâmer tout le monde (sauf toi). Ton parti, le parti Démocrate, est en ruines. Et on dirait que tu fais tout pour le maintenir là. Blâmer le FBI, mais pas le fait que tu aies aligné plus de fautes graves de sécurité que d’autres individus qui ont fait de la prison. Blâmer Bernie Sanders, mais pas le fait qu’il propose mieux et soit plus sincère que toi. Blâmer ton équipe de campagne mais

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Chère Hillary Clinton,

Please, dégage, go to your retraite and shut up.

Le monde ne tourne pas autour de ton nombril. J’aurais voulu être de ton bord, mais là, tu ralentis le processus. Tu fais maintenant partie du passé, plus de l’avenir. Tu as réussi l’exploit de perdre les élections américaines contre le candidat le plus détesté de l’histoire, et malgré ta phrase « j’en prends l’entière responsabilité », tu viens de sortir une brique de 500 pages pour blâmer tout le monde (sauf toi).

Ton parti, le parti Démocrate, est en ruines. Et on dirait que tu fais tout pour le maintenir là. Blâmer le FBI, mais pas le fait que tu aies aligné plus de fautes graves de sécurité que d’autres individus qui ont fait de la prison. Blâmer Bernie Sanders, mais pas le fait qu’il propose mieux et soit plus sincère que toi. Blâmer ton équipe de campagne mais pas le fait que tu ne les aies jamais écoutés, malgré leurs avertissements; eux doivent avoir passé la dernière année à alterner entre pleurer leur vie et se dire « j’avais raison ».

T’as jamais pensé blâmer tes discours (secrets) à des banquiers de Wall Street comme Goldman Sachs? Ton double discours, selon à qui tu t’adresses, entre être all in pour l’élite ou all in pour le monde. Ta langue de bois, tout le temps.

Tu as même blâmé les médias pour leur couverture injuste. Tu viens juste de catcher ça, really? Tout le reste du temps, avant, quand c’était à ton avantage, tu pensais que c’était fair, j’imagine? L’intérêt des médias d’information, ce n’est pas d’informer. C’est de l’entertainment à but lucratif. T’as perdu contre une star de télé-réalité, pis tu additionnes pas encore deux plus deux.

L’intérêt des médias d’information, ce n’est pas d’informer. C’est de l’entertainment à but lucratif. T’as perdu contre une star de télé-réalité, pis tu additionnes pas encore deux plus deux.

C’est facile gagner quand le système triche en ta faveur, comme aux primaires démocrates où tu avais assez d’appuis de super-délégués avant le début de la course pour que le reste de la course ne soit que ça, un show. Mais quand il faut convaincre des gens pour vrai, pas ceux qui pensent que le poste te revient de droit divin, il en faut plus que ça.

L’analyse

Je ne suis pas contre l’introspection et l’analyse de la défaite. Il faut la faire, cette analyse, pour comprendre et ne pas répéter l’erreur. Mais on dirait que cette fois-ci, l’analyse vise plutôt à faire couler le navire avec toi. T’en veux tellement à Sanders, mais tu ne comprends pas qu’il n’est que le visage d’une écoeurantite aigüe, que ton parti aurait dû comprendre à temps et que tu l’empêches de faire ce prochain pas en l’accusant encore de ta propre incompétence.

Tu peux toujours argumenter que ton adversaire Républicain était pire que toi, sur n’importe quel aspect. C’est vrai, mais la twist, c’est que ce n’est pas ça, le chemin logique de décision des électeurs.

Parenthèse. Le système bipartite que vous avez, c’est de la bouette. Tout le monde le sait. Pas grand-monde y fait grand-chose entre les campagnes électorales. Rendu aux campagnes, l’argument de réalité : si vous ne votez pas pour moi, c’est l’autre qui va rentrer. Wow, inspirant. On rajoute l’idée que mentir calibre « pants on fire » n’est pas pénalisant et qu’on peut promettre rien ou n’importe quoi et que ça n’a aucun impact… Un multi-milliardaire a réussi à faire croire à une population entière qu’il ne représentait pas l’élite!

Un multi-milliardaire a réussi à faire croire à une population entière qu’il ne représentait pas l’élite!

L’affaire, c’est que probablement que la majorité des électeurs ont voté soit contre Trump, soit contre toi. Il y a certainement un vingt pourcent hardcore de chaque côté. L’autre soixante pourcent entre les deux s’est dit #nevertrump ou #neverhillary. Ou ils sont restés chez eux.

Mais là, ton parti est en déroute totale. Tellement, que malgré le Président le plus impopulaire ever (ou pas loin), vous allez vous faire torcher aux législatives, l’an prochain. À moins d’un revirement de situation pour l’instant peu probable. Et toi, clairement, tu ne fais pas partie de la solution.

Et moi, je n’habite même pas aux States, mais je paye pour vos niaiseries. Faque, please, cesse de tout détruire, va faire ta crise de bacon toute seule dans ta chambre et arrête de tout ramener à toi. Ton parti a besoin de se reconstruire, et tant que vous allez brailler ensemble sur toi, toi, toi, sur « ce qui aurait dû », et autres « c’est sa faute », vous allez manquer le bateau de 2018 et celui de 2020. Encore là, vous pensez tellement que les prochaines présidentielles vous reviennent de droit, que vous allez vous entredéchirer entre vous et vous allez (encore) laisser le champ libre à la Terreur Orange qui n’aurait jamais dû passer in the first place.

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