Est-ce que les libéraux quittent le navire par stratégie?

spiky/ mai 15, 2018/ Politique

Le premier réflexe qui vient en voyant tous les députés, dont plusieurs sont des ministres de longue date, annoncer qu’ils quittent la politique à l’automne, c’est de se dire qu’ils comprennent le concept de sondages et veulent éviter l’humiliation de la tornade annoncée.

Mais avec les annonces récentes de Laurent Lessard, David Heurtel, Julie Boulet, on arrive à une certaine limite. Ils se rajoutent à Martin Coiteux, Pierre Reid, Jean-Marc Fournier, Stéphanie Vallée, Jacques Chagnon et quelques autres députés moins connus.

Les libéraux ont une « qualité » que les autres partis n’ont pas: une loyauté formidable. Une vague de départs comme ça au PQ ou au Bloc Québécois et on parle d’hémorragie, de fronde, de rébellion. Ici, juste une série de décisions individuelles qui arrivent par hasard. Même quand une ancienne ministre libérale se présente pour un autre parti, après avoir été virée de son poste, on ne se bouscule pas dans les salles éditoriales pour attaquer le leadership de Philippe Couillard. Ce doit être elle, le problème, tsé.

Est-ce une stratégie plus globale du parti de se renouveler en prévision d’une campagne de recyclage d’image? Ou, dit autrement: est-ce qu’il y a eu une demande de la part du leadership du parti de réinitialiser son pool de candidats?

On voit souvent les libéraux comme battus, longtemps d’avance. Et ils surprennent toujours au moment de l’élection. Si on apprenait de cette observation, ça arrêterait d’être une surprise; le truc dans lequel ils sont bons, c’est ça : gagner des élections.

C’est comme quand quelqu’un a du talent à l’école pour bien exécuter un examen. À connaissance égale de la matière, il va mieux performer qu’un autre qui est trop nerveux, pas assez confiant et qui n’a pas de bonne stratégie pour gérer le temps de l’examen. À l’école, on s’illusionne un peu que les résultats aux examens donnent une indication fiable de la compréhension des sujets; aux élections, on s’illusionne beaucoup sur le fait que le résultat d’une élection est une indication fiable des volontés profondes de la population.

À l’école, on s’illusionne un peu que les résultats aux examens donnent une indication fiable de la compréhension des sujets; aux élections, on s’illusionne beaucoup sur le fait que le résultat d’une élection est une indication fiable des volontés profondes de la population.

Quels lapins vont-ils nous sortir du chapeau?

L’opposition

Le PQ est facile à mettre en boîte: avec le mot « référendum » et leur double discours qui en ressort. Ceux qui ne veulent pas d’un référendum vont les éviter et ceux qui en veulent un ne leur feront pas confiance. Lisée dit une chose et son contraire dans la même journée et joue un jeu identitaire dangereux.

QS est assez facile à gérer pour l’instant: en les infantilisant et en identifiant une ou deux propositions loufoques de leur programme, les trois autres partis ont le beau jeu de les étiqueter comme un groupe insignifiant. C’est drôle que ce soit important d’être en faveur de chaque élément du programme de QS pour voter pour eux, alors que pour les autres partis, l’idée générale suffit.

La CAQ est l’adversaire plus compliqué à gérer pour les libéraux. C’est difficile d’accuser un autre parti à 90% pareil comme le tien de quoi que ce soit, sans t’auto-pelure-de-bananiser. Dans l’autre direction, ce n’est pas pareil; la CAQ peut dire le mot « corruption », sans nommer personne, et l’argument porte. À programme équivalent, avantage tactique pour la CAQ.

Le comeback à venir

Alors la stratégie est peut-être là. Se débarrasser de l’odeur de corruption en renouvelant une partie de la flotte de larbins serviles, et aller trouver une idée forte et faible à la fois de la CAQ et orienter toutes les discussions et le débat là-dessus. Vite de même, où François Legault a-t-il des petites incohérences faciles à souligner?

La place du Québec dans le Canada? L’identité de la nation québécoise? L’immigration et tous les paramètres d’encadrement loufoques proposés par la CAQ?

À la fin, la population ne votera pas pour personne, mais contre ceux qui ont l’air des pires. Encore. Un p’tit vote stratégique massif anti-quelque chose et hop! c’est reparti pour un tour.

À la fin, la population ne votera pas pour personne, mais contre ceux qui ont l’air des pires. Encore. Un p’tit vote stratégique massif anti-quelque chose et hop! c’est reparti pour un tour.

Je prédis un taux de participation abyssal.

Ça promet pour une belle campagne électorale, ça. J’ai déjà hâte. Que ce soit fini.

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