L’histoire de cette statue

spiky/ septembre 14, 2017/ Coups de gueule

Chers citoyens pour qui l’Histoire est importante,

Je suis ravi de découvrir que vous existiez, mais apeuré que vous sembliez ne valoriser l’Histoire que par la présence de statues de vieux trous de cul sur des places publiques.

Depuis quelques temps, une vague déferle sur le sud des États-Unis, et je ne parle pas des ouragans. Des communautés se mobilisent pour retirer des monuments à divers personnages historiques, généralement des « héros » confédérés. Ça fonctionne, et ça génère un barrage de réactions négatives. Étrange, de s’opposer au retrait de symboles pro-esclavagisme? L’argument en est un de respect du passé, qu’on ne peut pas réécrire l’Histoire, et autres « décroche, man« .

Connaître l’Histoire, c’est important. Difficile de comprendre notre monde et la direction qu’il prend sans savoir d’où il vient. On en apprend un peu à l’école, mais clairement pas assez. D’ailleurs, parenthèse : la majorité des gens autour de moi qui trippent sur la connaissance de l’Histoire ont développé cette passion longtemps après en avoir fini avec l’apprentissage stérile de dates par coeur dans le but de les régurgiter à l’examen, et personne n’a développé ce goût à cause d’une statue ou un nom de rue. Fin de la parenthèse (on jasera d’éducation scolaire une autre fois).

Mais qui a appris l’Histoire via des monuments, des noms de rue et d’autres ouvrages? Sérieux? Qui?

Mais qui a appris l’Histoire via des monuments, des noms de rue et d’autres ouvrages? Sérieux? Qui? C’est louche, comme structure logique d’apprentissage. Pis c’est pas comme si ça marchait, anyway. Il y a combien de personnes qui prennent le tunnel Louis-H. Lafontaine ou le pont Mercier à chaque fucking jour pis qui savent juste zéro c’est qui ces dudes-là? (Des Premiers ministres du Québec, pour ceux que ça intéresse.)

Personnellement, je me suis basé sur la lecture de livres, articles et autres documents. Et personne ne prône leur abolition. Une maudite chance, pareil.

Le coulage de bronze

L’objectif de mettre une statue peut être de célébrer un être humain extraordinaire. Genre Martin Luther King, c’est cool, on peut ben lui faire des statues, c’est un beau modèle, un bon exemple à suivre. Mais l’objectif peut aussi être de tordre la réalité, réhabiliter des morons et intimider une partie de la population.

C’est qui, mettons, qui a eu l’idée d’aller fabriquer et poser une statue du général Robert E. Lee, à Charlotteville, en Virginie? (La réponse existe.) Pourquoi faire? Pourquoi, en 1917, un gars super riche décide de mettre une partie de son argent sur l’érection d’une statue publique d’un militaire qui a combattu pour le droit d’avoir des esclaves, cinquante ans avant? C’est pas un projet social, voté et financé publiquement. Pas non plus pour célébrer l’Histoire, incluant ses aspects sombres.

C’est clairement pour refaire une virginité à un connard et pour maintenir à high l’intimidation chez ceux qui ont souffert du bonhomme et de ses semblables. Pour passer le message aux Noirs qu’ils sont sur le territoire des descendants de Lee, et que même si ceux-là ont perdu la guerre de sécession, ils n’ont pas changé d’idée dans leur conception du vivre-ensemble.

Alors à go, crissez-moi patience avec vos histoires de respect de l’Histoire, quand vous argumentez pour le maintien de ces symboles d’oppression. (Go.)

Alors à go, crissez-moi patience avec vos histoires de respect de l’Histoire, quand vous argumentez pour le maintien de ces symboles d’oppression. (Go.)

Pour se souvenir, vraiment?

Vous savez, la couverture annuelle du Time Magazine pour la « personne de l’année »? Eux, leur concept, c’est pas de mettre une photo de la personne « la plus chouette » de l’année. C’est de mettre la photo de la personne la plus influente de l’année, pour le meilleur ou pour le pire. Au fil du temps, ça a inclus Ghandi (1930) autant que Hitler (1938) ou Staline (1939/1942). Leur ligne éditoriale n’est pas de glorifier ces personnes, juste de souligner leur importance. Ceci dit, verriez-vous une statue de Hitler quelque part, par « respect pour l’Histoire »? (Je m’excuse du point Godwin, mais c’est ça pareil.) Pour Staline, c’est plus compliqué, mais dans son cas, il y a un élément d’égo calibre Khéops; une bonne partie de ses statues ont été faites durant son règne. Il aurait pu faire vivre une armée de psys (ou tous les faire fusiller, c’est selon).

Pendant ce temps, chez nous

Alors pendant qu’on est sur les symboles de l’Histoire VS l’oppression, un petit mot sur le crucifix de l’Assemblée nationale ou ceux oubliés à côté des boutons d’ascenseurs dans les hôpitaux? Le respect de l’Histoire, vraiment? Ou le message violemment clair que les autres religions ne sont pas les bienvenues? Poser la question, c’est un peu y répondre, hein?

Un autre petit aparté pour souligner un bon coup du maire Coderre. (Faut pas être cheap, ça lui arrive même à lui.) La promesse de renommer la rue Amherst, bravo. La renommer en l’honneur de n’importe quel leader autochtone serait positif; je propose aussi comme alternative Amherst-le-général-qui-faisait-la-guerre-bactériologique-à-la-variole pour les nostalgiques. À la fois le statu quo terminologique et une clarification de sa « grandeur ».

Ce qu’on oublie facilement, comme Blancs privilégiés, c’est l’omniprésence de tous ces symboles, et de ce qu’ils veulent vraiment dire, et de l’impact que ça a sur ceux qui en souffrent. Tu peux pas dire qu’il n’y a pas de racisme systémique. Tu peux dire que toi t’en vis pas, et que tu espères ne pas en faire vivre, mais si tu peux te permettre de prendre ces questions-là de haut, c’est parce que c’est pas toi l’opprimé. Écoute donc un peu ceux qui sont de l’autre bord, check tes privilèges, pis réévalue les priorités dans tes principes entre un « vivre ensemble inclusif » et « l’Histoire bla bla bla ».

Si c’était pour m’intimider moi, la statue, je dirais à ses promoteurs de se la câlisser dans l’cul. J’dis ça d’même.

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